L’Eglise catholique romaine célèbre ce jeudi 18 mai la solennité de l’Ascension communément comprise comme étant la montée de Jésus au ciel. Mais au-delà de la montée de Jésus, l’Ascension, pour le père Irenée Tigo, vicaire sur la paroisse Notre Dame de la Route de Bembérèkè, symbolise l’élévation de la création et l’humanité libérées à la Résurrection. Et en célébrant cette solennité, l’homme est, selon lui, appelé à revoir son rapport avec Dieu et ses pairs.

Doit-on comprendre l’Ascension comme la fin de l’existence charnelle du Christ sur terre ?
A l’Ascension, le Christ montre surtout à l’homme sa Fin. L’Ascension est un abime de connaissance. À l’Ascension, l’homme parvient à la pleine Lumière, Il entre dans la Vie, Il atteint le sommet de la Connaissance: Dieu. De l’Incarnation à l’Ascension, Jésus nous donne l’exemple vivant de la destinée de l’homme. La vie de l’homme ne trouve tout son sens que quand il vit pour connaître Dieu et pour entrer dans sa Félicité bienheureuse. Et à l’Ascension, le Christ achève la description du parcours de l’homme. Toute la vie du Christ est description et révélation de Dieu et de l’homme. Jésus révèle Dieu à l’homme et révèle l’homme à lui-même. Jésus nous donne de connaître Dieu et de connaître qui nous sommes aussi. L’injonction divine et trinitaire : » Créons l’homme à notre image et à notre ressemblance » (Gn 1, 26) à la création trouve sa pleine explication dans l’évènement de l’Ascension. L’Ascension est l’établissement de sa demeure en Dieu. C’est demeurer en Dieu. C’est être en Dieu. C’est à l’Ascension que le Christ nous invitait et veut nous conduire quand il nous demande de demeurer en son amour, d’être en lui comme le sarment à la vigne pour jouir de la vie éternelle. Toute la vie de Jésus, tout ce qu’il a fait et dit était en vue de ce seul évènement : l’Ascension pour être en Dieu. Au fond, toute la vie du Christ est Ascension, c’est à dire présence en Dieu, son Père. Si bien que son Ascension à la fin n’est que la confirmation et la manifestation de ce qu’Il a toujours fait : être en Dieu son Père. Jésus nous montre ce que doit être notre vie : une présence en Dieu, établissement de notre demeure en Dieu. Et être en Dieu ne va pas du tout de soi. Pas du tout alors !
Est-ce-à dire qu’il est difficile d’être en Dieu ?
Il y a eu tout dans la vie du Christ pour l’empêcher d’être en Dieu et pour l’amener à rester à accrocher à la terre. Mais aucune séduction du malin n’a réussi à le détourner de sa mission. Comme Jésus, nous devons nous élever au-dessus de tout ce qui peut empêcher notre humanité de monter et d’être en Dieu. Et voici ce qui peut nous empêcher d’être en Dieu: la tristesse, la jalousie, la sournoiserie, la duperie, l’orgueil, la haine, la rancune etc. Tout cela, Jésus l’a aussi subi sans que cela ne l’empêche d’être en Dieu. Il a été rejeté et poursuivi dès sa naissance, il a été méprisé, trahi et condamné, il est mort et véritablement mort. Mais avant de nourrir, il a gardé son cœur de ce qui peut l’éloigner de Dieu : la haine. C’est Pourquoi il pardonne pour être libre et demeurer en Dieu, son Père. La plus grande victoire de Jésus est la victoire de son amour sur la haine et l’ignorance des hommes par le pardon. Mais revenons-en à l’Ascension qui va plus loin que la montée du Christ !
Que symbolise alors l’Ascension ?
Je ne sais pas si vous avez remarqué que l’on encense, pendant la messe, à l’offertoire le pain, le vin, le prêtre et tous les fidèles quand le temps et les circonstances le permettent ? Au-delà de toute considération liturgique, ne serait-ce pas parce que tous, nous constituons avec le Christ l’offrande du salut qui monte au ciel vers Dieu, le Père, comme le Christ à l’Ascension ? La Résurrection, l’Ascension et la Pentecôte constituent trois événements d’un même événement qu’est la Pâques de Jésus Christ. À la résurrection, c’est la victoire du Christ sur la mort et sur tous les symboles de la mort, c’est-à-dire la libération, la restauration de la création et de l’humanité. Après la création du ciel et de la terre, de tout ce qu’ils contiennent, après la création de l’homme et de la femme, le Christ, par sa résurrection oriente la création, l’homme et la femme, le monde visible et invisible vers leur Auteur, vers leur Source vitale : Dieu. Jésus, Dieu sauve libère la création, l’humanité de toutes les pesanteurs afin qu’elles montent en offrande vivante vers Dieu, le Père Créateur. Et après la résurrection, c’est ce que nous célébrons dans le mystère de l’Ascension. À L’Ascension, c’est toute la création libérée à la Résurrection qui monte en offrande d’action de grâce au Créateur. Le Christ monte au ciel auprès de son Père avec son corps, avec notre humanité, avec toute la création désormais glorifiée dans sa mort et sa résurrection. Ce qui est intéressant dans ce mystère que nous célébrons, c’est que le Christ nous donne la confirmation qu’il est le Chemin qui conduit la créature à son Créateur, l’humanité à sa Source vitale. Le Christ nous enseigne notre identité, notre origine. Nous sommes des passagers, des voyageurs sur cette terre, notre patrie, c’est Dieu. Et en Jésus, la terre, le ciel, tous les êtres, toute la création, toute notre humanité sont déjà portée en offrande d’action de grâce à Dieu. En célébrant ce mystère de l’Ascension, nous sommes appelés à revoir notre rapport avec la création, avec nos frères et sœurs en humanité.
Quel lien entre l’Ascension et le rapport de l’homme avec ses semblables et toute la création ?
Dans cette vie, les choses sont à respecter et les personnes sont à aimer. Et c’est parce que Dieu a tant aimé les hommes qu’il a envoyé son Fils unique pour les libérer, pour les sauver. Alors pourquoi aimer mon chien ou mon chat plus que mon frère ou ma sœur ? Est-ce pour mon chien ou mon chat, est-ce pour ma voiture, ma maison et mes biens matériels que le Christ est mort et ressuscité ? Pourquoi l’homme ou la femme que j’aimais est-il ou est-elle devenu (e) l’objet de ma haine, la personne à abattre ? Que s’est-il passé pour que les frères de l’autre culture, de l’autre continent, de l’autre quartier soient désormais considérés comme des ennemis, des personnes à tuer sélectivement ou massivement à travers les terrorismes, les génocides et les meurtres planifiés ? Oui que s’est-il passé ? Que s’est-il au juste passé pour que je ne puisse plus aimer mon ami ? Que s’est-il passé pour que la femme devienne la chose détestable de son mari, et les parents l’objet de mépris de leurs enfants et vice versa ? Oui qu’est-ce qui s’est passé pour j’en veuille à l’autre parce qu’il est chrétien et moi je suis musulman ? Ou parce qu’il du Nord et moi je suis du Sud ? Ou parce qu’il est dans la Mouvance et que moi je suis dans l’opposition ? Ou encore parce qu’il est conservateur et que je suis progressiste ? Oui pourquoi j’en veux à l’autre ? Même si nous avons mille raisons pour détester, nuire et détruire l’autre, nous devons savoir qu’il existe une raison, infime soit-elle, pour l’aimer. Et cette raison, c’est que l’autre aussi fait partie de l’humanité glorifiée avec laquelle le Christ monte au ciel auprès de Dieu, son Père. Le Christ invente constamment notre innocence afin de nous faire grâce, pourquoi ne pas oser à notre tour à la suite du Christ ? Le Christ ne monte pas avec l’humanité d’un groupe social, politique, culturel ou religieux de personnes au ciel, mais bien avec toute l’humanité entière glorifiée dans sa passion-mort et résurrection. Qu’est-ce que je fais de l’homme? Comment est-ce que je conçois l’homme? Comme quelque chose que je peux commander et acheter avec de l’argent ? Comme quelqu’un à sacrifier pour de l’argent ou le pouvoir ? Quelle est la valeur de l’homme pour qui Jésus a versé son sang, dans nos familles? Dans nos communautés religieuses? Dans nos pays ? Quand on cherche à manipuler l’homme, à le priver de sa liberté et de sa dignité? Aujourd’hui si tu entends parler de l’Ascension du Christ ou si toi-même tu parles de l’Ascension, sache que tu dois aimer ton frère et ta sœur en humanité comme toi-même car ils sont aussi, tout comme toi, l’offrande de gloire que le Christ présente à Dieu, son Père. Oui sache que tu es appelé à devenir celui qui libère de la servitude, celui qui fait monter, celui qui fait grandir ou croître l’humanité.
Il n’est jamais superflu de rappeler la différence entre l’Ascension de Jésus et l’Assomption de la Vierge Marie ?
Le mot « Ascension » vient du mot latin « ascensio », qui signifie « monter vers » et désigne l’élévation ou la montée du Christ au ciel. « Jésus-Christ, Tête de l’Eglise, nous précède dans le Royaume glorieux du Père pour que nous, membres de son corps, vivions dans l’espérance d’être un jour éternellement avec Lui », Voilà ce qu’apprend le Catéchisme de l’Eglise Catholique (CEC N°666). La fête de l’Ascension est traditionnellement célébrée 40 jours après le dimanche de Pâques. Et puisque Pâques a toujours lieu un dimanche, l’Ascension tombe toujours sur un jeudi. Dans l’Ascension, c’est le Christ ressuscité lui-même qui s’élève avec son corps glorifié dans le sein de gloire de son Père. Par contre à l’Assomption, c’est Dieu le Père qui honore le corps qui a donné corps à son Verbe éternel, Jésus-Christ en l’élevant dans sa gloire. C’est un privilège et une anticipation de ce que Dieu veut pour tout homme.
In La Nation du 17 mai 2023









